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JOURNÉE II, SCÈNE III.


manrique.

Je n’ose. Je suis peu curieux des revenans.


don lope.

De quoi as-tu peur ?


manrique.

De tout.


don lope.

Eh bien ! donne-moi ce flambeau et sors d’ici. Va rejoindre don Juan. (Manrique sort. — À part.) Je n’ai besoin d’aucun témoin de mon malheur. (Il s’approche de la porte qui est à gauche.) Voyons de ce côté.


léonor, le retenant.

Non, seigneur…


don lope.

Lâchez-moi.


léonor.

Il est inutile, seigneur, que vous entriez… Je vous garantis, je vous atteste qu’il n’y a personne.


don lope.

Alors, raison de plus pour que j’entre ; ce sera le moyen de rassurer don Juan.

Il sort.

léonor.

Hélas ! Syrène, que le sort m’est contraire !.. Quelle situation cruelle que la mienne ! Je suis au désespoir, éperdue… Don Lope découvrira sûrement don Louis qui est caché… Le malheureux ! il a cru sortir par la porte qui donne dans ma chambre !… Ah ! sans doute ils se seront rencontrés déjà ! Don Lope l’a vu et lui a parlé… — Si je pouvais fuir encore !… mais non, son ami garde le passage ; et d’ailleurs je n’en aurais pas la force… Que le ciel me soit en aide !


syrène.

Du courage, madame !


léonor.

Je ne suis toute que confusion et terreur.


Entrent DON LOPE et DON LOUIS.
Don Louis est enveloppé de son manteau jusqu’aux yeux et tient son épée nue. Don Lope le suit, tenant d’une main son épée et de l’autre le flambeau.

don lope.

Ne vous couvrez pas ainsi le visage, cavalier.


don louis.

Abaissez votre épée, seigneur. À la plonger dans le sang d’un homme qui ne se défend pas il y aurait plus de honte que de gloire.


don lope.

Qui êtes-tous ?