Page:Calderón - Théâtre, trad. Hinard, tome II.djvu/148

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
138
BONHEUR ET MALHEUR DU NOM.


don césar.

Ce n’est pas à vous que s’adresse ce billet ; et avant de le lire, qu’il soit bien établi entre nous si vous êtes ou non don César.


don félix.

Ne vous fâchez pas pour une mauvaise plaisanterie. C’est moi qui suis ici don César, et c’est à moi que s’adresse ce billet.


don césar.

Nous avons pu changer de nom l’un avec l’autre pour un stratagème sans conséquence ; mais chacun de nous reste lui-même quand il s’agit de choses sérieuses qui touchent à l’honneur.


don félix.

Votre honneur ne courra jamais de hasard avec moi votre ami dévoué.


don césar.

Je n’en doute pas ; mais je ne puis être tranquille que je n’aie vu ce billet.


don félix.

Et moi je ne puis vous le montrer.


don césar.

Remarquez, je vous prie, qu’il est du plus haut intérêt de savoir où est Lisardo et d’où il m’écrit.


don félix.

C’est à moi que la lettre s’adresse, et c’est à moi d’y répondre.


don césar.

Non pas ! il s’agit d’une chose qui me concerne moi qui porte réellement le nom de César, et non pas vous à qui j’ai prêté mon nom.


don félix.

C’est moi qui suis ici don César, et c’est à moi que l’on entend écrire ; si l’on se trompe sur le nom, on ne se trompe pas sur la personne.


don césar.

N’est-ce pas moi qui ai tué Laurencio ?


don félix.

Oui.


don césar.

Étiez-vous son ennemi ?


don félix.

Non.


don césar.

Donc, bien que cette lettre vous soit envoyée, elle est pour moi


don félix.

Êtes-vous ici don César ?


don césar.

Non.