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BONHEUR ET MALHEUR DU NOM.


flora.

Le bel arrangement !


tristan.

Il n’est pas nouveau.


flora.

Oui-dà !


tristan.

Un jour un pauvre diable se mourait…


flora.

Je devine ; c’est l’histoire de celui qui fit appeler le sacristain, et lui dit : « Combien me prendra votre grâce pour m’enterrer ? » À quoi l’autre : « Vingt réaux, » j’estime. « En voulez-vous seize ? » reprit le premier. « Cela me revient plus cher à moi, » répliqua le sacristain. « Eh bien ! répondit le malade, voyez si cela vous convient et enterrez-moi pour dix-sept ; autrement, je vous en préviens, s’il m’en coûte un maravédis de plus[1], je ne meurs pas. » — De même vous, vous voulez savoir ce qu’il vous en coûtera pour mourir pour moi d’amour… Eh bien ! puisque c’est là votre conte, vous saurez qu’un jour une guenon et ses amies…


tristan.

Pour cela, non, femme, un moment ! car m’enlever l’un et m’en donner un autre, c’est trop. — Une duègne élevait une petite naine…


flora.

J’ai commencé avant vous.


tristan.

Bien que vous ayez commencé, je continue la mienne.


tous deux.

Un jour…


tristan.

La duègne…


flora.

La guenon…


Entre DON FÉLIX.

don félix.

Quel est ce bruit ?


tristan.

C’est une histoire de conte.


flora.

C’est un conte de noix[2].

  1. Il y a dans le texte un quarto. Le quarto est une monnaie de la moindre valeur. En parlant d’un homme qui n’a absolument rien, les Espagnols disent : no tiene quarto comme nous disons en France, il n’a pas le sou.
  2. Nous avons traduit littéralement, Aca es un cuento de nueces. Il ne faut pas oublié la double signification du mot cuento, million, et conte.