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BONHEUR ET MALHEUR DU NOM.


don césar.

Qu’est-ce que cela signifie, don Félix ?


don félix.

Je n’y comprends rien.


don césar.

Le temps nous dévoilera ce mystère.


don félix.

Sans doute ; et combien je voudrais pouvoir abréger et presser le temps !



JOURNÉE TROISIÈME.


Scène I.

Une chambre dans la maison de Lidoro.
Entrent LIDORO et DOÑA SERAFINA.

lidoro.

Vous êtes bien en colère.


doña serafina.

N’ai-je point de motif pour cela ?


lidoro.

D’accord ; mais pourquoi prendre les choses aussi vivement ?


doña serafina.

Comment, mon père, lorsque sans me consulter, sans me prévenir, vous amenez un hôte dans la maison, et que vous établissez dans mon appartement une femme qui court les aventures, vous ne voulez pas…


lidoro.

Attendez, ma fille ; je vais vous donner satisfaction sur ces deux points, afin que vous ne pensiez pas avoir le droit de vous plaindre de moi. — Ce cavalier, je vous l’ai déjà dit, est le fils de mon meilleur ami, à qui je ne dois rien moins que la vie. Je croyais qu’il n’était ici que pour un jour ; et si le prince a exigé qu’il restât à Milan pour y voir les fêtes qui ont lieu à cette époque, ce n’est pas ma faute. Quant à la dame, avant de lui offrir ma protection, j’ai considéré qu’elle est de noble naissance ; et quoique les accidens d’amour puissent ternir quelquefois le sang le plus pur, il serait mal à un gentilhomme de refuser son appui à celles qui l’implorent ; d’autant qu’en cette circonstance le cavalier qui vient avec cette dame est fort lié avec don César ; que j’étais chargé d’arrêter le couple fugitif, et qu’en le gardant chez moi, je m’acquitte tout à la fois de mes doubles obligations d’Intendant de la justice et d’ami… Enfin, s’il faut tout vous dire, j’ai d’autres motifs encore