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JOURNÉE I, SCÈNE IV.


tristan.

Eh bien ! donnez-moi le mien[1].


don félix.

Tu es fou. (On entend frapper.) Mais écoute, on frappe.


tristan.

Oui, l’on frappe à cette porte qui conduit de ce côté de la maison dans la rue.


don félix.

Qui viendrait par là me demander


tristan.

Il est possible que ce ne soit pas pour vous.


don félix.

En ce cas, réponds que l’on vienne de l’autre côté.


tristan.

Ne vaut-il pas mieux que j’ouvre et que je sache qui c’est ?


don félix.

Pourras-tu ouvrir ?


tristan.

Cela n’est pas difficile quand la clef est à la serrure.


don félix.

Ouvre donc, et vois qui c’est. (Tristan sort.) Malheureux ! je ne voulais pas croire jusqu’à présent à l’irrésistible puissance de l’amour. — Je n’en doute plus désormais… On a bien raison de dire que l’amour se servait de l’arc et des flèches avant l’invention des armes à feu, mais que depuis…


Entre TRISTAN.

tristan.

Bonne nouvelle, mon seigneur !


don félix.

Quelle est-elle ?


tristan.

Vous voilà devenu un héros de roman, un chevalier errant… Une femme masquée, voilée, déguisée, qui a dû planter là la fête pour venir, et qui porte je ne sais quoi dans un panier, demande après vous.


don félix.

Moi, dis-tu ? El qui donc à Milan peut savoir mon nom ?


tristan.

Elle n’a pas dit don Félix, mais don César.


don félix.

Cela ne m’étonne pas moins ; mais enfin, qui que ce soit, fais entrer.

  1. Nous avons reproduit de notre mieux la plaisanterie de l’original, qui consiste dans le rapprochement du mot cuento, conte, avec le mot cuenta, compte.

    No ha de aver mas cuentos ?
    — No — Pues, señor, hagamos cuenta.