Page:Calderón - Théâtre, trad. Hinard, tome II.djvu/102

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
92
BONHEUR ET MALHEUR DU NOM.


doña serafina, à don Félix.

De grâce, cavalier, moi qui vous dois déjà l’honneur, que je vous doive aussi la vie. Je cours le plus grand danger si l’on me reconnaît.


don félix.

Vous excuserez mon ignorance, seigneur, en apprenant que j’arrive à l’instant même à Milan.


tristan.

Si bien à l’instant, que nos chevaux ne font que de s’en aller sur parole.


don félix.

Ces dames me sont complètement inconnues, et je n’ai mis l’épée à la main que pour les défendre contre une lâche violence.


lidoro.

Cela ne suffit pas pour que je vous rende la liberté à vous et à elles.


don félix.

Pour moi, cela m’est à peu près indiffèrent ; mais pour ces dames, je ne souffrirai pas que vous les emmeniez.


lidoro.

Comment pourrez-vous l’empêcher ?


don félix.

Vous allez voir. (À doña Serafina et à Flora.) Veuillez vous retirer, mesdames ; je reste ici pour protéger votre fuite.


doña serafina.

Je puis à peine me soutenir.


flora.

Venez, madame, car pour fuir on a toujours assez de force.


tristan.

Si vous rencontrez deux chevaux de poste, dites-leur de ne pas s’en aller.

Doña Serafina et Flora sortent.

don félix.

Personne ne les suivra tant que je serai vivant.


lidoro.

Tuez-moi cet audacieux.


tous.

Tuons-le ! tuons-le !

Ils se battent.

don félix.

Maintenant qu’elles ont gagné le large…


tristan.

Comme nos chevaux…


don félix.

Défendons-nous, Tristan, en nous adossant au mur de ce palais.