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des filles [au nombre de neuf], dont tous les membres étaient d’une beauté parfaite, et qui étaient parfumées de santal rouge.

49. Ayant reconnu que son mari se disposait à se livrer à la vie des anachorètes, cette femme ravissante, souriant [en apparence], mais ayant [en réalité] le cœur dévoré de chagrin,

50. Traçant, la tête baissée, des lignes sur le sol avec les ongles de ses pieds brillants comme des joyaux, lui adressa de tendres paroles, en s’efforçant de retenir ses larmes.

51. Dêvahûti dit : Tu m’as accordé, seigneur, tout ce que tu m’avais promis ; cependant il te reste encore à donner le salut à celle qui se réfugie auprès de toi.

52. Il faudra que tes filles, ô Brâhmane, se cherchent des maris qui leur ressemblent ; n’aurai-je pas quelqu’un pour me consoler, quand tu te seras retiré dans la forêt ?

55. Assez de temps, seigneur, s’est écoulé pour moi dans l’amour des objets sensibles et dans l’oubli de l’Esprit suprême.

54. Pendant que j’étais attachée aux objets des sens, j’ai porté sur toi tout mon amour, parce que j’ignorais l’Être suprême ; cependant, puisse cet amour assurer mon salut !

55. Cet attachement, qui est pour l’homme une cause de retour en ce monde, quand il se porte par ignorance sur des méchants, conduit au contraire au détachement de toutes choses, quand ce sont des gens de bien qui en sont l’objet.

56. Celui dont les actions n’ont pour but ici-bas ni le devoir, ni le détachement, ni le culte du Dieu dont les pieds sont comme un étang sacré, celui-là, quoique vivant, est déjà mort.

57. C’est sans doute la puissance magique dont tu disposes qui m’a si fortement trompée ; aussi, réfugiée auprès de toi, de toi qui donnes la délivrance, je ne désire pas être débarrassée de mes liens.


FIN DU VINGT-TROISIÈME CHAPITRE, AYANT POUR TITRE :
CHAGRIN DE DÊVAHÛTI,
DANS LE TROISIÈME LIVRE DU GRAND PURÂṆA,
LE BIENHEUREUX BHÂGAVATA,
RECUEIL INSPIRÉ PAR BRAHMÂ ET COMPOSÉ PAR VYÂSA.