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nous, sous la figure de son fils ; c’est sa femme, la moitié de lui-même. Krĭpî na pu suivre son époux. [au bûcher], car elle était mère d’un héros.

46. Et toi, illustre Ardjuna, toi qui connais ton devoir, garde-toi de faire aucun mal à la famille de ton maître spirituel, que tu dois respecter et vénérer sans cesse.

47. Que Gâutamî sa mère, pour laquelle son époux était comme un Dieu, n’ait pas à pleurer comme moi, qui gémis sur la mort de mes enfants, le visage toujours inondé de larmes.

48. Car une famille de Brâhmanes dont les guerriers ont, par leur violence, enflammé la colère, a bientôt consumé leur race infortunée avec tous ceux qui en dépendent.

49. Le langage de la reine, langage juste, convenable, plein de pitié, conforme au devoir, impartial, imposant, fut accueilli, ô Brâhmanes, avec respect par le roi fils de Dharma (Yudhichṭhira),

50. Par Nakula, Sahadêva, Yuyudhâna, Dhanam̃djaya, Bhagavat, fils de Dêvakî, et par les autres Pâṇḍavas ainsi que par leurs femmes.

51. Mais Bhîma, transporté de colère : Il vaut mieux qu’il périsse, s’écrie-t-il, lui qui a tué des enfants pendant leur sommeil, meurtre inutile qui ne servait ni à lui ni à son roi.

52. Alors le Dieu aux quatre bras (Bhagavat) ayant entendu les paroles de Bhîma et celles de Drâupadî, dirigea son regard sur le visage de son ami, et lui dit comme avec un sourire :

53. Non, il ne faut pas tuer ce vil Brâhmane, ce meurtrier qui mérite la mort ; j’ai enseigné moi-même dans la loi les deux choses [qu’on te conseille] : sache suivre l’un et l’autre précepte.

54. Remplis la promesse que tu as faite pour consoler la reine, et satisfais à la fois Bhîmasêna, la fille du Pañtchâla et moi.

55. Aussitôt Ardjuna devinant la pensée de Hari, enleva, d’un coup de son épée, la chevelure du Brahmane et le joyau qui ornait sa tête ;

56. Et déliant la corde dont il l’avait garrotté, il le chassa de sa tente, sans joyau, sans gloire, dégradé par l’assassinat des enfants de Drâupadî.