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9. Une nuit que ma pauvre mère était sortie de la maison pour traire la vache, son pied toucha, dans le chemin, un serpent envoyé par Kâla, [dont la morsure lui donna la mort].

10. Pour moi, regardant ce malheur comme un bienfait de l’Être suprême qui désire le salut de ceux qui lui sont dévoués, je partis pour la région du nord.

11. Après avoir traversé seul de fertiles contrées, des villes, des villages, des enclos pour le bétail, des mines, des hameaux de laboureurs, des bourgs, des vergers, des forêts et des bois,

12. Des montagnes riches en métaux variés, couvertes d’arbres dont les branches étaient brisées par les éléphants, des lacs dont l’eau donne le salut, des étangs fertiles en lotus, fréquentés par les Suras,

13. Et embellis par les chants variés des oiseaux et par le bourdonnement des abeilles ; [après avoir traversé tous ces lieux, ] je vis une forêt impénétrable, pleine de roseaux, de bambous, de cannes, de touffes d’herbes et de plantes à tige creuse,

14. Une forêt immense, redoutable, effrayante, habitée par des serpents, des chacals, des grenouilles et des chouettes.

15. Le corps épuisé de lassitude, dévoré par la faim et par la soif, après avoir bu et fait mes ablutions, je me baignai dans le courant d’une rivière, et mes fatigues disparurent.

16. Là, dans cette forêt solitaire, assis au pied d’un pippala, je dirigeai mon esprit sur cette âme résidente dans ma propre âme, ainsi que je l’avais entendu.

17. À mesure que je méditais sur le lotus des pieds de Hari, l’esprit vaincu par la dévotion, les yeux baignés des larmes du désir, je sentais cet Être divin descendre peu à peu dans mon cœur.

18. Le corps brisé par le poids excessif de la joie le poil hérissé, arrivé au comble de l’inaction, noyé dans le déluge de la béatitude, je ne vis plus en moi deux âmes.

19. N’apercevant pas cette forme de Bhagavat qui dissipe le chagrin et à laquelle aspirait mon cœur, je me levai tout à coup, triste et confus.

20. Animé du désir tant de fois éprouvé de voir Bhagavat, j’avais