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INTRODUCTION À L’HISTOIRE

ô Bhagavat ; le repas est préparé ; que le Bienheureux daigne considérer que le moment convenable est venu.

« En ce temps-là Krĭchṇa et Gâutamaka, rois des Nâgas, résidaient dans le grand Océan. Ils firent tous deux la réflexion suivante : Bhagavat enseigne la Loi dans la ville de Sûrpâraka : allons-y pour l’entendre. Aussitôt, accompagnés de cinq cents Nâgas, ils donnèrent naissance à cinq cents fleuves et se dirigèrent vers la ville de Sûrpâraka. Rien n’échappe à la connaissance des Buddhas bienheureux ; aussi Bhagavat fit-il la réflexion suivante : Si ces deux rois des Nâgas, Krĭchṇa et Gâutamaka, entrent dans la ville, ils vont la détruire de fond en comble. Il s’adressa donc en ces termes au respectable Mâha Mâudgalyâyana : Reçois du Tathâgata l’aumône rapidement recueillie[1]. Pourquoi cela ? C’est, ô Mâha Mâudgalyâyana, qu’il y a cinq aumônes rapidement recueillies. Et quelles sont-elles ? Ce sont l’aumône de celui qui arrive inopinément, l’aumône du voyageur, l’aumône du malade, l’aumône de celui qui soigne le malade, l’aumône du gardien [du Vihâra[2]]. Or dans cette circonstance Bhagavat pensait au gardien du Vihâra. Ensuite accompagné de Mahâ Mâudgalyâyana, il se rendit à l’endroit où se trouvaient les deux rois des Nâgas ; et quand il y fut arrivé, il leur parla ainsi : Prenez garde, ô rois des Nâgas, que la ville de Sûrpâraka ne soit renversée de fond en comble. Nous sommes venus, seigneur, dans de telles dispositions de bienveillance, répondirent les Nâgas, qu’il nous est impossible de faire du mal à aucun être vivant, fût-ce à un insecte, ou à une fourmi, à plus forte raison à la foule du peuple qui habite la ville de Sûrpâraka. Alors Bhagavat exposa aux deux rois des Nâgas, Krĭchṇa et Gâutamaka, l’enseignement de la Loi ; de telle sorte qu’après l’avoir entendu, se réfugiant auprès du Buddha, de la Loi et de l’Assemblée, ils saisirent les préceptes de l’enseignement.

« Alors Bhagavat se mit à prendre son repas. Chacun des Nâgas fit cette réflexion : Ah ! si Bhagavat buvait de mon eau ! Bhagavat se dit alors : Si je bois l’eau de l’un d’eux, les autres penseront différemment [de celui que j’aurai préféré] ; il faut que j’aie recours à quelque autre moyen. Alors Bhagavat s’adressa ainsi au respectable Mahâ Mâudgalyâyana : Va, Mâudgalyâyana, à l’endroit où a lieu la réunion de ces cinq cents fleuves, et rapportes-en de l’eau plein mon vase. Oui, répondit le respectable Mahâ Mâudgalyâyana pour témoigner son assentiment à Bhagavat ; puis s’étant rendu à l’endroit où avait lieu la

  1. L’expression du texte est atyayika piṇḍapâta, ce que la version tibétaine traduit ainsi : rings-pahi bsod-sñoms, « l’aumône rapide. » (Voy. les additions à la fin du volume.)
  2. Le mot dont se sert l’original est upayi-tchârika, d’après le tibétain, « bedeau, gardien du Vihâra. »