Page:Bulwer-Lytton - Aventures de Pisistrate Caxton.djvu/138

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

— Ah ! » dit mon père, murmurant en grec les fameux vers dont la traduction de Pope est connue de tous :

Like leaves on trees the race of man is found.
Now green in youth, now withering on the ground.

« Les hommes ressemblent aux familles des arbres, qu’on trouve tantôt verdoyantes de jeunesse, tantôt desséchées sur la terre. »

« Et ils désirent me voir. Est-ce Ellinor, lady Ellinor, qui a témoigné ce désir, ou son… son mari ?

— Son mari assurément. Lady Ellinor a donné un consentement tacite.

— Nous verrons. Ouvrez la fenêtre. On étouffe ici. »

J’ouvris la fenêtre qui donnait sur le Strand. Le bruit des voix, du piétinement, du roulement des voitures, devint plus distinct. Mon père se mit à la fenêtre pour quelques moments, et je restai à côté de lui. Puis il se retourna vers moi, la figure sereine :

« Chaque fourmi de la fourmilière charrie son fardeau, et sa demeure n’est composée que de ses fardeaux. Combien je suis heureux ! combien je dois bénir Dieu ! combien mon fardeau est léger ! combien ma demeure est un abri sûr ! »

Ma mère rentrait au moment où il cessait de parler. Il alla à elle, lui passa le bras autour de la taille et lui donna un baiser. L’habitude n’avait rien fait perdre de leur charme à ces tendres caresses ; le front de ma mère, un peu sombre auparavant, s’éclaircit aussitôt ; mais elle leva les yeux sur lui avec surprise.

« Je songeais, dit mon père en forme d’explication, je songeais à tout ce que je vous dois ! Aussi combien je vous aime ! »


CHAPITRE II.

Voyez nous maintenant, trois jours après mon arrivée, installés dans notre grand et splendide appartement de Russel-