Page:Buisson, Rapport fait au nom de la Commission de l’enseignement chargée d’examiner le projet de loi relatif à la suppression de l’enseignement congréganiste - N°1509 - Annexe suite au 11 février 1904 - 1904.pdf/26

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Le raisonnement qui est à la base de toutes ces protestations ramènerait, si on l’énonçait explicitement, aux termes suivants :

Un père de famille catholique, dévot, fervent, appelez-le clérical si bon vous semble, a le vif désir de transmettre à ses enfants les idées qui lui sont chères. N’en a-t-il pas le droit après tout ? A moins d’être assez riche pour se payer le luxe d’un précepteur à domicile, il faut qu’il trouve des maîtres dont les idées, la vie, le caractère lui inspirent confiance et qu’il chargera de l’éducation de ses enfants. C’est le service que lui rendaient les congrégations enseignantes, et vous le lui enlevez.

— Non, la loi ne lui enlève ni le droit, ni le moyen de s’adresser à des maîtres ou à des maîtresses d’une piété insigne et adonnés à toutes les pratiques de la dévotion. Ce qu’elle lui refuse, c’est de patenter en quelque sorte, pour le mettre à sa disposition, un instrument collectif de compression à haute puissance, instrument qu’il jugerait très commode et qu’elle juge très dangereux.

Une bonne organisation de l’enseignement congréganiste serait, — pense-t-il, et la société le pense comme lui, — un moyen presque infaillible d’atteindre ses fins : il n’aurait qu’à remettre ses enfants aux mains de la congrégation de son choix, elle les lui rendrait quelques années après, frappés comme une monnaie à l’effigie qu’il rêve. Mais c’est justement cela même que la société lui conteste le droit de faire ou du moins de faire faire en grand par d’autres, en une sorte d’entreprise générale à forfait, sous le couvert d’une protection spéciale des lois.

Que lui-même privément, individuellement travaille à son gré l’âme de son enfant pour l’amener à telle ou telle croyance, c’est affaire entre sa conscience et lui, tant qu’il n’attente pas à la vie et à

    la liberté d’enseignement, chassant les maîtres vénérés ayant leur confiance, et se proclament prêts à défendre aux prochaines élections leurs libertés de pères et mères de famille ».
    Le texte de Marseille est ainsi conçu :
    « Dans une grande réunion tenue rue de Lodi par 300 pères et mères de famille des quartiers de l’hôpital militaire et du boulevard Baille, une énergique protestation a été formulée contre les dispositions draconiennes du projet dont le rapport a été présenté par M. Buisson, ayant pour objet la destruction de l’enseignement congréganiste.
    « L’assemblée flétrit l’inhumanité qui, par la lenteur des liquidateurs, fera attendre plusieurs années des secours aux vieillards immédiatement dépossédés et mis à la rue, quelques-uns après avoir enseigné gratuitement les enfants du peuple pendant plus de cinquante ans.

    Voici celui de Lille :
    « 800 ouvriers, pères de famille, douloureusement émus des menaces dont sont objet les frères des écoles chrétiennes protestent énergiquement contre le nouvel attentat à la liberté qui se prépare, (veulent) faire élever leurs enfants par maîtres de leur choix, adjurent le Gouvernement respecter devise républicaine : liberté, égalité, fraternité ».