Page:Buisson, Rapport fait au nom de la Commission de l’enseignement chargée d’examiner le projet de loi relatif à la suppression de l’enseignement congréganiste - N°1509 - Annexe suite au 11 février 1904 - 1904.pdf/22

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rainement, celle de la nation. Mais en même temps qu’elle les supprimait, elle annonçait l’intention de créer de toutes pièces les deux grands organismes nationaux qui devaient fonctionner à leur place. Le Comité d’instruction publique et le Comité des secours (assistance publique) étaient chargés d’organiser le nouveau régime. C’était une œuvre de longue haleine que la rapidité tragique des événements permit à peine d’ébaucher.

Quand la République eut fait place à l’Empire, le premier effort de la réaction tendit, prudemment et timidement d’abord, à rétablir les congrégations soit pour l’instruction, soit pour l’assistance. Les deux nouveaux services publics projetés, décrétés, établis en principe par la Révolution, ne furent pas supprimés, mais on ne les organisa que très partiellement, et on les remit, en fait, à peu près exclusivement, aux mains des religieux et des religieuses.

Hâtons-nous de dire que les congrégations qui renaissaient au commencement du xixe siècle ne renaissaient pas de tout point pareilles à elles-mêmes. Elles aussi avaient eu leur 89 :.... « plus de vœux forcés, plus de « cadets froqués » pour « faire un aîné », de filles cloîtrées dès l’enfance ; plus d’instituts aristocratiques où les familles nobles trouvaient un dépôt pour leurs enfants surnuméraires ; plus de moines oisifs et opulents, plus de supérieurs trop riches, usufruitiers d’une mense abbatiale immense, plus d’interventions législatives et administratives pour assujettir les moines et les religieuses à leurs vœux, pour les retenir par force dans leur couvent et mettre la maréchaussée à leurs trousses s’ils se sauvent. Rien de tout cela ne subsiste après la grande destruction de 1790. Ainsi épurée l’institution monastique revient à sa forme normale : c’est la forme républicaine et démocratique… »[1].

Et désormais ce sera essentiellement par des services effectifs rendus à la société que presque toutes les nouvelles congrégations, celles de femmes surtout, chercheront à se créer des titres à l’existence légale en s’imposant à la reconnaissance publique.

Cette transformation, qu’il ne faut pas méconnaître, est-elle suffisante pour permettre à l’État républicain de conférer ou de maintenir aux congrégations, même modernisées, la qualité de corps enseignant ?

Nous répondons : si modifiée qu’elle soit, ou par l’action des lois ou par celle des mœurs, la constitution des congrégations religieuses reste affectée du même vice essentiel, qui les rend impropres à

  1. Taine, même ouvrage, p. 130.