Page:Buisson, Rapport fait au nom de la Commission de l’enseignement chargée d’examiner le projet de loi relatif à la suppression de l’enseignement congréganiste - N°1509 - Annexe suite au 11 février 1904 - 1904.pdf/20

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est sublime, l’objet d’un contrat permanent et d’une sorte d’acte administratif, l’escompter comme ressource du budget et, pour être sûr qu’elle ne faiblira pas en route, faire entrer le sujet sans défiance dans un engrenage qui ne le lâchera plus, de telle sorte que ce qui a commencé par être le plus libre des élans finisse par devenir une obligation professionnelle, une carrière ou une prison et finalement une véritable nécessité imposée, ou par l’habitude, ou par la force, ou par la peur, ou par la suggestion, ou par le respect humain, c’est violer la nature, c’est outrepasser le droit de l’homme sur son semblable.

Et tel est le motif d’ordre à la fois politique et social pour lequel l’Etat doit se refuser à concourir plus longtemps — puisque la chose dépend de lui seul — au recrutement et au fonctionnement des congrégations, en commençant, comme il est naturel, par celles dont le rôle lui est le plus inacceptable, qui sont aussi celles qu’il pourra remplacer les premières, les congrégations enseignantes.


V
Objections et réponses.


La Commission n’ignore pas les arguments divers que l’on fait valoir contre ce grave changement de notre législation.

Le premier qui se présente à l’esprit — c’est peut-être aussi le plus fort — évoque le passé tant de fois séculaire de l’institution que nous proposons d’abolir. Il n’est possible à personne d’oublier le rôle considérable des congrégations enseignantes au moyen âge, et, même après la Renaissance, dans la vieille société française. Elles remplissent une des plus grandes pages dans l’histoire de notre civilisation. Pendant plus de mille ans il n’y a presque pas eu d’enseignement dans le monde chrétien qui n’ait été donné par l’Église et principalement, sinon exclusivement, par les ordres religieux.

Est-ce bien là un argument contre notre proposition, et ne se retournerait-il pas au contraire contre ceux qui invoquent cet imposant témoignage des siècles ?

Sans doute, sous le régime qui a duré jusqu’en 1789 et dont tant de vestiges ont subsisté jusqu’à nos jours, il était admis qu’instruire les enfants, secourir les malades, assister les indigents, recueillir les infirmes étaient autant de devoirs pour le chrétien, mais non pas des devoirs pour la société. Ces œuvres pies, agréables à Dieu, méritoires aux yeux de l’Église, aucune loi humaine n’en rendait l’accomplisse-