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L’OUTAOUAIS SUPÉRIEUR


II


Cette région, dans laquelle nous allons pénétrer, en remontant le cours de l’Outaouais, depuis la capitale fédérale jusqu’à la petite ville de Mattawa, deux cents milles plus haut, ne date guère que d’un quart de siècle dans l’histoire de la colonisation. Elle était, il y a vingt-cinq ans, absolument sauvage, couverte d’admirables forêts où, seuls, les Indiens et les bûcherons avaient encore pénétré ; elle commençait ce qu’on appelait alors « les pays d’en haut », lesquels s’étendaient jusqu’à l’extrême Nord-Ouest, au pied des Montagnes Rocheuses. La légende en avait fait une contrée redoutable et l’imagination était terrifiée au récit des batailles sanglantes que s’y livraient les hommes de chantier appartenant à des nationalités différentes et divisés en autant de camps hostiles. « L’homme de cage » de cette époque représentait assez bien une espèce de desperado, placé volontairement et par habitude hors la loi, un type exceptionnel que son caractère farouche et ses mœurs violentes avaient rendu la terreur des paisibles habitants des anciennes campagnes. Il n’ouvrait la bouche que pour faire entendre les plus effroyables jurons et il ne levait le bras que pour frapper ; il