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— Oui, vous aviez cette raison que vous alliez au lit avec un cœur orgueilleux et un estomac vide. Les gens fiers entretiennent en eux de mauvais chagrins. Mais si vous avez honte de votre méchante humeur, il faut que vous demandiez pardon, voyez-vous, quand elle va rentrer. Vous aurez à aller la trouver et à offrir de l’embrasser, et à lui dire — vous savez mieux que moi ce qu’il y a à lui dire, — seulement faites-le de bon cœur, et non pas comme si vous croyiez que sa grande toilette a fait d’elle une étrangère. Et maintenant, malgré que j’aie à préparer le dîner, je vais dérober un moment pour vous arranger, si bien qu’Edgar Linton aura tout à fait l’air d’une poupée à côté de vous. C’est d’ailleurs l’air qu’il a. Vous êtes plus jeune, et pourtant, je le jurerais, vous êtes plus haut et deux fois aussi large des épaules ; vous pourriez l’abattre par terre en un clin d’œil. Ne sentez vous pas que vous le pourriez ?

La figure d’Heathcliff s’éclaira un moment, puis elle s’obscurcit de nouveau, et il eut un soupir.

— Mais, Nelly, si je l’abattais par terre vingt fois, cela ne le rendrait pas moins joli, ni moi davantage. Ce que je voudrais, ce serait d’avoir des cheveux blonds et la peau fine, et d’être aussi bien vêtu et aussi bien élevé que lui, et d’avoir une chance d’être aussi riche qu’il doit l’être.

— Et de crier pour appeler maman à chaque instant, ajoutai-je, et de trembler si un petit paysan levait son poing sur vous, et de rester assis à la maison toute la journée pour une méchante averse ? Oh Heathcliff, vous montrez là un bien pauvre esprit. Venez à la glace, et je vais vous montrer ce que vous devriez désirer. Voyez-vous ces deux lignes entre vos yeux et ces épais sourcils qui, au lieu d’être relevés et arqués, sont baissés par le milieu : et cette paire de méchants yeux noirs de vrai diable, si profondément enfoncés, qui jamais n’ouvrent franchement