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ment que vous aviez l’air singulier. Si vous voulez laver votre figure et brosser vos cheveux, ce sera parfait : mais vous êtes si sale ! — Elle regardait avec intérêt les doigts tout poussiéreux qu’elle tenait dans les siens, et aussi sa robe, que le contact d’Heathcliff n’avait pas dû embellir.

— Vous n’aviez pas besoin de me toucher ! répondit-il, suivant ses regards et retirant sa main. Je serai aussi sale qu’il me plaira ; et j’aime à être sale, et je serai sale.

La-dessus, il s’élança la tête la première hors de la chambre, au grand amusement du maître et de la maîtresse, et aussi au grand émoi de Catherine, qui ne pouvait comprendre comment ses remarques avaient fait pour produire une telle explosion de mauvaise humeur.

Après avoir rempli auprès de la nouvelle venue le rôle de femme de chambre, et avoir mis mes gâteaux dans le four, et avoir égayé la maison et la cuisine avec de grands feux comme il convenait pour la veillée de Noël, je me préparais à m’asseoir en chantant des Noëls, toute seule ; sans faire attention à l’affirmation de Joseph qui considérait les rythmes joyeux que j’avais pris comme constituant de vraies chansons. Lui s’était retiré pour prier à part dans sa chambre ; et Monsieur et Madame Earnshaw occupaient l’attention de la demoiselle en lui montrant toutes sortes de petites babioles qu’ils avaient achetées pour qu’elle en fît présent aux Linton, en reconnaissance de leurs bontés. On avait invité Isabella et Edgar à passer la journée du lendemain à Wuthering Heights, et l’invitation avait été acceptée, à une seule condition : Madame Linton avait demandé que ses chéris eussent à être tenus soigneusement séparés de ce « misérable garçon mal embouché ».

C’est dans ces circonstances que je restai seule au coin du feu. Je savourais la riche odeur des épices qui cuisaient ; j’admirais les instruments de cuisine tout reluisants, l’horloge somptueuse enfermée dans un couvercle