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mêmes du plaisir dans le savon et l’eau ; aussi, pour ne pas parler de ses vêtements qui avaient traîné trois mois dans la boue et la poussière, et de son épaisse chevelure jamais peignée, sa figure et ses mains étaient affreusement sales. Il avait bien raison de se cacher derrière le siège, en apercevant cette brillante et gracieuse demoiselle qui entrait dans la maison, au lieu de l’inculte contre-partie de lui-même qu’il attendait. « Est-ce que Heathcliff n’est pas ici ? demanda-t-elle, retirant ses gants, et laissant voir des doigts d’une blancheur admirable. »

— Heathcliff, vous pouvez avancer, cria M. Hindley, joyeux de sa déconfiture, et heureux de voir dans quel état le répugnant garnement serait forcé de se présenter. Vous pouvez venir et souhaiter la bienvenue à miss Catherine, comme les autres domestiques.

Cathy, apercevant son ami dans sa retraite, s’élança pour l’embrasser ; en une seconde, elle déposa sept ou huit baisers sur sa joue ; puis elle s’arrêta, se recula, et éclata de rire en s’écriant : « Eh, quelle noire et méchante figure vous avez, et combien drôle et laid ! Mais c’est parce que je suis habituée à Edgar et à Isabella Linton. Eh bien, Heathcliff, m’avez-vous oubliée ? »

Elle avait quelque raison pour faire cette question, car la honte et l’orgueil avaient jeté une ombre sur la contenance du garçon et le tenaient immobile.

— Serrez-lui la main, Heathcliff, dit M. Earnshaw d’un ton de condescendance. Une fois par hasard, c’est permis.

— Je ne veux pas, répondit le garçon, retrouvant enfin sa langue ; je ne veux pas rester ici pour qu’on rie de moi. Je ne le supporterai pas !

Et il voulut s’échapper, mais Cathy le saisit de nouveau.

— Je n’ai pas eu l’intention de rire de vous, lui dit-elle ; je n’ai pas pu m’en empêcher : Heathcliff, serrez-moi la main, au moins. De quoi êtes-vous grognon ? C’était seule-