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CHAPITRE II


Avec le temps, M. Earnshaw commença à baisser. Il avait toujours été actif et bien portant, mais sa force le quitta tout d’un coup ; et du jour où il fut confiné au coin de son feu, il devint affreusement irritable. Un rien le vexait, et il lui suffisait de soupçonner un manque de respect à son autorité pour le faire entrer dans un accès de fureur. C’était le cas surtout si quelqu’un essayait de s’imposer à son favori ou de le dominer : il ne pouvait souffrir qu’un seul mot désagréable lui fût adressé ; il semblait s’être mis dans l’esprit que, parce que lui-même aimait Heathcliff, tout le monde le détestait et songeait à le maltraiter. Et ce fut un désavantage pour le garçon, car aucun de nous ne voulait irriter le maître, de sorte que nous complaisions à sa partialité et cette complaisance fut un riche aliment pour l’orgueil et pour l’humeur noire de l’enfant. Pourtant nous ne pouvions faire autrement ; deux ou trois fois, Hindley ayant manifesté son mépris pour Heathcliff en présence de son père, le vieillard furieux saisit son bâton pour le frapper, et frémit de rage en voyant son impuissance.

À la fin, notre curé (car nous avions un curé qui gagnait sa vie en donnant des leçons aux petits Linton et Earnshaw et en cultivant lui-même son morceau de terre) ce curé suggéra que le jeune homme devrait être mis au collège ; et M. Earnshaw y consentit, bien qu’à regret,