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toute pleine des sauvages passions dont elle venait de percevoir l’écho dans les discours avinés de Branwell.

Il faut ajouter qu’elle écrivit Wuthering Heights au milieu des embarras les plus affreux. L’argent manquait de plus en plus, le père perdait la vue. Anne, la sœur cadette, dépérissait, atteinte mortellement et chaque jour l’indigne Branwell cessait davantage de ressembler à un être humain.

Quand le livre fut fini, Charlotte l’envoya avec les deux autres chez un éditeur. Mais personne ne daigna remarquer le romancier nouveau. Emily ne lut jamais un compte-rendu de son roman. Elle n’eut pour l’en complimenter que ses sœurs, qui paraissent avoir été au premier abord plutôt scandalisées que séduites, et son frère Branwell, qui imagina de se vanter au cabaret d’être lui-même le véritable auteur de Wuthering Heights[1].

Et tandis que Charlotte et Anne s’étaient remises déjà à d’autres ouvrages, Emily, quand elle eut achevé son roman, renonça pour toujours à la littérature. Elle s’attacha toute, plus activement que par le passé, aux soins du ménage. Elle soigna son père, elle adoucit l’agonie de son frère, qui mourut debout entre ses bras. À l’automne de 1848, elle fut prise

  1. Il résulterait pourtant d’une lettre de Charlotte, publiée dans le Macmillan’s Magazine de juillet 1891, que Branwell ne connut jamais rien des romans de ses sœurs, avant ni après leur publication. Il y aurait peut-être lieu à réviser le procès de ce Branwell, chez qui je déplore seulement un goût exagéré pour la fréquentation des commis-voyageurs.