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dît vrai, je le gardai pour moi, me contentant de lui apporter du thé et du pain grillé. Elle mangea et but avec empressement ; puis elle retomba sur son oreiller en se tordant les mains et en grommelant : « Oh ! je veux mourir, criait-elle, puisque personne ne se soucie de moi. Je regrette d’avoir mangé cela. » Un bon moment après je l’entendis murmurer : « Non je ne veux pas mourir — il s’en réjouirait — il ne m’aime pas du tout — il ne me regretterait jamais. »

— Avez-vous besoin de quelque chose ? madame, demandai-je, gardant toujours mon attitude réservée, malgré son air de fantôme et l’étrange exagération de ses manières.

— Qu’est ce qu’il fait, cet être apathique ? demanda-t-elle, en relevant de son visage amaigri les épaisses boucles emmêlées. Est-il tombé en léthargie, ou mort ?

— Nullement, répondis-je, si c’est de M. Linton que vous voulez parler. Il va assez bien, je pense, bien que ses études l’absorbent plus qu’il ne faudrait ; il est tout le temps parmi ses livres, depuis qu’il n’a pas d’autre société.

Je n’aurais pas parlé de la sorte si j’avais connu son véritable état, mais je ne pouvais me débarrasser de l’idée qu’elle jouait en grande partie un rôle.

— Parmi ses livres, cria-t-elle confondue, et je suis mourante ! Au bord du tombeau ! Mon Dieu ! Sait-il combien je suis changée ? continua-t-elle, regardant son image dans un miroir pendu au mur opposé. Est-ce là Catherine Linton ! Il s’imagine que je plaisante, que je joue une comédie, peut-être ! Ne pouvez-vous pas lui dire que c’est terriblement sérieux ? Nelly, si ce n’est pas trop tard, aussitôt que je saurai ses sentiments, je choisirai entre ces deux partis : ou bien de me laisser mourir tout de suite, ce qui ne sera un châtiment pour lui que s’il a