Ouvrir le menu principal
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


pages un souffle très particulier d’admiration cordiale et discrète. Mais ce sont là des exceptions. Le nom d’Emily Brontë continue à être, en Angleterre, de ceux qu’on n’aime pas à citer, comme le nom de ce Thomas de Quincey à qui ses compatriotes ne pardonneront jamais, non point, certes, ses habitudes d’ivrognerie, d’ailleurs très problématiques, mais ce qu’il y a eu au fond de son mobile esprit de fuyant et d’un peu ténébreux.

Wuthering Heights date de 1848, il y a plus de quarante ans ; mais Emily était si peu au courant des habitudes littéraires de son temps, qu’elle n’y a mis aucun de ces artifices romanesques alors à la mode et qui aujourd’hui nous rendent si malaisée la lecture des romans de Charlotte, la sœur aînée. Ce qui a pu paraître aux contemporains gaucherie et inexpérience, la simplicité du sujet, l’absence d’intrigues, le petit nombre des personnages, la constante répétition de scènes pareilles dans des cadres pareils, j’imagine que c’est cela même qui a sauvé de la poussière du temps et nous a gardé si vivante cette œuvre, seule dans son genre, qui tient à la fois de la chronique villageoise et de la plus sombre tragédie lyrique.

Mais de juger dans son ensemble le roman d’Emily Brontë, M. Montégut s’en est chargé, dans l’article que j’ai cité plus haut, et il l’a fait mieux infiniment qu’il ne me serait possible de le faire. Il a donné aussi, dans le même article, une courte analyse du sujet de Wuthering Heights : encore n’est-il point d’analyse qui puisse faire concevoir une juste idée d’un roman où