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CHAPITRE IV


Nous avons été longtemps sans nouvelles de mon père.

Toutes les lettres que nous recevions étaient décachetées. Notre vie était assez triste.

Ma mère n’habitait plus la rue Jeanne d’Arc. Elle avait trouvé un petit appartement dans un quartier plus modeste. Elle trouva de l’ouvrage.

Moi j’étais restée à la pension Texier. Mademoiselle Elise Texier était notre sous-maîtresse, elle nous accompagnait dans nos promenades ; son frère Édouard partageait nos études et nos jeux. Il avait 12 ans au moment des événements qui changèrent sa vie et la nôtre. Madame Texier était une institutrice capable et expérimentée.

Monsieur Texier était un homme simple et bon, très instruit, un savant dépourvu de pédantisme. Il était très apprécié comme professeur au lycée d’Orléans. Il avait une santé très délicate. Cet homme de bien fut en butte aux tracasseries gouvernementales et policières, tout particulièrement à mon sujet. Voici dans quelle circonstance.

Un jeudi, nous étions en promenade, toutes les élèves, avec la famille Texier, nous marchions deux par deux,