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Alors, sous cet ombrage, ils s’offrirent des fleurs,
Et leurs yeux étaient pleins de tendresse et de pleurs.

Ainsi, dans les chansons, les fraîches confidences,
Les banquets prolongés, le mouvement des danses,
Les heures s’écoulaient : « Hélas ! de pareils jours,
Pensaient les invités, devraient durer toujours. »
Cependant le soleil derrière les montagnes
Descendait, et Nola, mêlée à ses compagnes,
Et l’époux, souriant, regardaient dans les cieux
Un autre astre monter, monter silencieux.
 
Selon l’usage antique, une nombreuse escorte,
Le matin, les prenant sur le seuil de leur porte,
Les mena jusqu’au bourg ; mais lorsque vint la nuit,
Primel dit : « Je pars seul, sans être reconduit. »
Donc, les mille invités enfourchant les cavales,
Dans le creux des chemins bientôt, par intervalles,
Retentirent leurs cris et les pas des coursiers.
La lune se levait claire sur les sentiers.
Le jeune époux, alors, du portail de l’auberge
Approcha sa monture ; et, telle qu’une vierge,
La veuve vint s’asseoir derrière son seigneur,
Tandis que le hautbois de Ban-Gor, le sonneur,
Sur la route entonnait l’air du départ, l’air tendre
Que, jeune ou vieux, sans trouble on ne saurait entendre
Le firmament brillait, et le chant nuptial
Mollement s’exhala vers le ciel de cristal.

Ils partirent, rasant les buissons et les haies.
Faisant pleuvoir sur eux la fleur des épinaies,