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Si la tige au printemps languit frêle, épuisée,
Comme un lait bienfaisant s’épanche la rosée,
Et des souffles légers comme les papillons
Le bercent mollement dans le creux des sillons.

Pour apaiser sa soif ardente, les nuages
S’assemblent : quels flots d’or nous versent les orages !
Puis le ciel, appelant d’un beau nom le soleil,
Dit : « Séchez le froment, ô mon astre vermeil ! "

Ainsi mûrit le blé, divine nourriture.
Ce frère du raisin, boisson joyeuse et pure ;
Dieu même a consacré le céleste présent :
« Mangez, voici ma chair ; buvez, voici mon sang. »

LES MOISSONNEURS.

Honneur, honneur au blé ! Trois fois, garçons et filles,
Faisons reluire en l’air et sonner les faucilles ! —

Et tous, jusqu’aux vieillards un moment rajeunis.
Chantaient, et sous leurs pieds bruissaient les épis.
Le dimanche suivant, une gerbe votée
À l’église du bourg en pompe était portée.
Et le prêtre disait, la posant sur l’autel :
« Gloire et remercîment à l’ange Gabriel ! »