Page:Boylesve - Le Parfum des îles Borromées, 1902.djvu/91

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

VII


Vers cinq heures de l’après-midi, Dompierre allant prendre un bain, vit émerger de l’eau une tête aux longs cheveux gris plaqués et ruisselants contre des joues rasées. C’était celle du révérend Lovely. Le clergyman l’interpella aussitôt au milieu même de son essoufflement, et avec un accent tout à fait outrageux pour la langue française.

— Aoh ! dit-il, je souis très satisfaite de vô trouver à côté de moâ, monsieur Dompierre ; je aimé biaucoup la conversèchone. Voulez-vous caoser ?

— Avec le plus grand plaisir, mon révérend ; et malgré que l’eau me paraisse un milieu peu favorable à une conversation suivie…

— Christ enseigna dans la barque, jusqu’au piou forte de la tempête. Il n’y a point de maôvaise endroite pour prêcher le parole de Dieu ; mais il y a des endroites qui sont maôvaises pour le salut de nos âmes.

— Que voulez-vous dire ? fit Gabriel en prenant pied, et intrigué par le préambule du clergyman qui avait jusqu’alors manifesté pour lui tant d’indifférence qu’il était peut être la seule personne à l’hôtel, à qui