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souffrance. La joie, cependant, l’emportait de plus en plus, et la douleur même se faisait joyeuse ; jusqu’à ce qu’enfin, la dernière résistance étant tombée, l’âme s’étant définitivement donnée toute, sans nul esprit de retour, Pascal, en un moment indivisible qui n’appartenait plus au temps, mais à l’éternité, sentit du même coup, dans une unité vivante que n’eût pu concevoir son intelligence, son propre anéantissement, la présence en lui du Dieu d’amour et de miséricorde, et cette inondation infinie de passion, seule capable de remplir la capacité d’une âme humaine, que naguère il avait rêvée. Renonciation totale et douce ! Éternellement en joie pour un jour d’exercice sur la terre !

Il comprit alors quel était, au-dessus de la raison et de la coutume, ce troisième moyen de croire, dont il avait confusément senti le besoin. Ce moyen suprême est l’inspiration. La raison et la coutume, qui mettent en jeu l’activité naturelle, exposent l’homme à s’imaginer qu’il se donné lui-même la foi qu’il reçoit en effet. Mais l’homme ne croit véritablement que quand il rapporte entièrement sa foi à la seule source d’où elle puisse venir, au libre don de la miséricorde et de la bonté divine. L’inspiration est cette action propre de Dieu, que l’homme ne peut plus confondre avec la sienne. Non qu’il doive l’attendre dans une attitude passive et nonchalante, comme la faveur d’un maître capricieux. Mais toute son action doit consister à s’offrir par les humiliations aux inspirations, seules capables de faire le vrai et salutaire effet.

Ayant ainsi gravi les trois degrés qui nous élèvent à Dieu, Pascal n’a garde de s’imaginer qu’il n’ait