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dans le cœur ? Les idées de l’entendement ne sont pas la foi elles n’ont, par elles-mêmes, ni force, ni lumière. L’entendement s’applique, indifférent, à tel objet qui se présente, ou qu’il nous plaît de considérer. La foi, au contraire, est l’impression profonde et efficace de la lumière sur le principe même de notre intelligence et de notre volonté.

Or en quoi consiste proprement ce cœur rebelle, cette nature qui me sépare de Dieu ? Ma nature n’est, au fond, qu’une coutume. Les pyrrhoniens le savent, eux qui, d’un œil sincère, consentent à voir les choses telles qu’elles sont. Mais, s’il en est ainsi, ma nature est modifiable. La même cause qui lui a donné naissance peut en changer la manière d’être. Et ainsi le moyen de faire descendre la foi de la raison dans le cœur, c’est de faire comme si l’on croyait, de prendre de l’eau bénite, d’entendre des messes, de dire des prières ; en un mot, c’est de ployer la machine. Naturellement même, ces actions provoqueront dans mon cœur la foi dont elles sont le signe. À mesure que diminueront mes passions, les vains sophismes qu’elles engendrent dans mon intelligence se dissiperont, et la lumière m’apparaîtra. — Mais croire ainsi n’est-il pas s’abêtir ? — Que m’importe ? Notre sagesse est-elle donc si précieuse ? Est-ce perdre quelque chose, que de rejeter la fausse science des philosophes ? Un cœur d’enfant voit plus loin qu’eux. Ce n’est pas renoncer à la vraie sagesse que de mépriser celle du monde. Plus forte, au contraire, plus droite et plus haute est l’intelligence, qui, dédaignant de recevoir ses principes des passions, les demande à Dieu.