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parier. Cela n’est pas volontaire. Nous sommes embarqués. Examinons les conditions du pari.

En ce jeu, comme en tout jeu, il y a deux choses à considérer le degré de la probabilité et la grandeur du risque. La question de l’existence de Dieu dépassant infiniment la raison, la probabilité est la même dans le sens affirmatif et dans le sens négatif. Cette condition s’élimine donc. Reste le risque. D’un côté, c’est le fini à hasarder, de l’autre c’est l’infini à gagner. Or, si grand que soit le fini, il s’évanouit devant l’infini. Donc, en réalité, il s’agit de hasarder un infiniment petit pour gagner un infiniment grand. Dès lors, c’est évidemment pour l’existence de Dieu qu’il faut parier. Le raisonnement est démonstratif. Si je suis capable de quelque vérité, c’en est une.

C’est ainsi que Pascal arrive, par sa raison, à se convaincre qu’il doit tenir pour réelle la lumière surnaturelle qui lui est apparue. Sans doute la preuve qu’il a découverte est tout indirecte et négative. Mais en quoi se trouve-t-elle infirmée par là ? Le mathématicien peut-il prouver directement qu’il y a un infini ? Pourtant il raisonne sur l’infini avec assurance. Il sait qu’il est faux que la série des nombres soit finie. De la fausseté de cette proposition il conclut avec certitude à la vérité de la contradictoire. En mainte occasion, nous sommes sûrs sans comprendre. C’est de cette même manière que je sais que Dieu est.

Et Pascal serait déjà reconquis à la foi, si la raison et la volonté y suffisaient. Car il voit clairement qu’il doit croire, et sa volonté se porte naturellement vers ce que son entendement lui représente comme vrai.