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solides, ceux qui lui avaient donné la plus haute idée de la raison et de la volonté de l’homme, faisaient maintenant sur lui une impression toute différente. Il trouvait qu’avec toute leur science et toute leur habileté, les plus grands philosophes n’arrivaient pas à fournir, sur les choses qui nous touchent le plus, une seule démonstration qui fût véritable. Bien plus, ils se combattaient entre eux, sans qu’il y eût de bonne raison pour donner l’avantage à l’un plutôt qu’à l’autre. Là encore, Pascal voyait éclater une disproportion entre le besoin de notre âme et les satisfactions que le monde nous offre.

En vain travaillait-il à se mieux pénétrer des raisons qui prouvent la grandeur des choses humaines. Plus il considérait ces objets, plus, sous son regard, ils s’avilissaient. Qu’étaient nos plaisirs, nos travaux, notre science, notre gloire ? Tout cela ne demeurait-il pas invinciblement borné, mélangé d’ombres et de misères et, pour qui conçoit la perfection véritable, y a-t-il une différence effective entre le plus et le moins imparfait ? D’ailleurs, si éminente que l’on suppose une condition humaine, la mort n’en est-elle pas le terme fatal ; et ce qui doit finir peut-il être grand ? Quelle ironie que cette doctrine stoïque, qui veut que nous nous fassions saints et compagnons de Dieu Comme si un être changeant, incertain, périssable, pouvait approcher de l’éternité divine ! Combien Montaigne n’a-t-il pas mieux connu l’homme, lui qui nous le représente ondoyant et divers, toujours flottant et chancelant, sans point d’appui pour ses croyances et pour sa conduite, réduit à se régler sur la coutume, ou sur