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Si telle est l’essence de l’amour, et si tel est son objet propre, il a sa logique spéciale, qui diffère de la logique de la pensée pure. Voici quelques exemples de ces raisons du cœur, qui déconcertent la raison.


Un plaisir faux en vaut un vrai, il peut remplir également l’esprit. En effet, tandis qu’il existe, nous sommes persuadés qu’il est vrai.

À mesure que l’on a plus d’esprit, l’on trouve plus de beautés originales. Mais il ne faut pas être amoureux. Quand on aime on n’en trouve qu’une.

Il semble que l’on ait une autre âme quand on aime que quand on n’aime pas. On devient toute grandeur la passion élève tout à sa hauteur.


Telles sont les découvertes que fait Pascal dans ce monde spécial des choses humaines, dont Méré se vante de lui avoir révélé l’existence. Bien que le discours sur les passions de l’amour ne soit qu’un essai de quelques pages, il nous montre Pascal dépassant tout de suite singulièrement son prétendu maître. Là où Méré ne savait voir que ces agréables dehors de l’homme qu’on nomme l’esprit et l’honnêteté, Pascal, allant droit au fond de la nature humaine, y trouve la passion, comme un mouvement incessant, par où cherche à se satisfaire un être fait pour la pensée stable, et incapable de la supporter.

Il faut à l’amour de l’homme un objet proportionné à sa grandeur. La nature semble le lui offrir. Mais est-il bien sûr que, même dans ce qu’elle renferme de plus parfait, elle suffise à remplir la capacité du cœur humain ? Cette question, que certaines lignes semblent faire pressentir, Pascal, en fait, ne se la pose pas encore : il est comme enchanté du spec-