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stoïcisme. De Montaigne il médita principalement l’Apologie de Raymond de Sebonde, cette déconcertante discussion où, sous prétexte de justifier l’emploi des raisons naturelles dans la démonstration de la religion, l’auteur en vient à nous montrer à la fois la nature indifférente en cette affaire, et la raison impuissante, si bien que la religion flotte désormais dans le vide, sans rien qui lui fasse obstacle, sans rien non plus qui la soutienne et la rattache aux réalités. Il lut aussi Charron, le disciple de Montaigne, qui expose que nous n’avons point d’instrument pour aller saisir la vérité dans l’esprit de Dieu où elle loge, et que nous devons renoncer à la connaître, pour chercher la sagesse dans une vie conforme à notre nature imparfaite.

Pascal s’adonne à ces lectures avec une curiosité croissante. Épictète et Montaigne ne le quittent plus il se pénètre de leur esprit.

Dans le même temps, il aperçoit chez Descartes autre chose que ce qu’il y voyait jadis. Il discerne, à travers les inventions de ce beau génie, le sentiment de l’excellence de la pensée et de l’âme humaine, à laquelle toutes nos sciences se rapportent comme à leur fin ; et il se prend d’une estime singulière pour le métaphysicien dont jadis il raillait l’esprit aventureux et entêté d’abstractions.

Ainsi s’ouvrait de plus en plus, devant Pascal, ce monde proprement humain, dont Méré lui avait vanté la profondeur. Le commerce de la société en était l’expression, la philosophie en sondait les principes. Il n’était pas méprisable, pour un homme, de se livrer à l’un et à l’autre, de vivre et