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dame était l’esprit le plus fin et le plus vif qu’il y eût dans la ville. Elle ne pouvait souffrir les compliments vulgaires. Auprès d’elle, Pascal s’exerça à parler avec délicatesse des choses de goût et de sentiment.

Et ce ne furent pas seulement les relations du monde qui éclairèrent, aux yeux de Pascal, la nature humaine d’un nouveau jour ; ce furent aussi les livres des philosophes.

La philosophie était alors en grand honneur. Elle n’avait pas un caractère technique et spéculatif, mais s’occupait surtout des questions qui intéressent la conduite de la vie. C’était en grande partie de Montaigne qu’était né ce mouvement des esprits. Le merveilleux écrivain avait extrait des livres des anciens et rendu avec un charme incomparable les plus belles de leurs pensées sur la morale et sur la vie. Il affectait de mépriser la philosophie et la raison humaine, et de recommander l’abandon insouciant à la nature et à la coutume. Mais avec quelle éloquence n’exposait-il pas les nobles doctrines de courage et de grandeur d’âme qu’avaient professées les philosophes stoïques ! Aussi ses écrits favorisèrent-ils à la fois le développement d’une race de libertins sceptiques et légers, et la propagation des idées stoïciennes de devoir, d’énergie, et de puissance de la volonté.

Pascal fut initié à l’une et à l’autre philosophie. Il lut surtout Épictète et Montaigne. D’Épictète il étudia le Manuel, sans doute dans la traduction très répandue qu’en avait donnée l’éminent magistrat et homme d’église Guillaume du Vair, attaché au