Ouvrir le menu principal
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


tuitement. Mais à Port-Royal on n’avait égard qu’au bien spirituel. La bonne et tendre Mère Agnès dit à Jacqueline, d’un ton enjoué, qu’il serait vraiment honteux qu’une novice de Port-Royal s’affligeât de la bagatelle d’être reçue pour rien. Le prudent M. Singlin ne songea qu’à éviter tout éclat susceptible d’aigrir et d’éloigner la famille Pascal. La Mère Angélique, gardienne de l’esprit de Saint-Cyran, n’eût pas admis qu’on insistât auprès de la famille. Elle démontrait tranquillement à Jacqueline qu’on ne pouvait attendre d’un homme attaché au monde un mouvement de charité vraie. Or, disait-elle, celui qui a le plus d’intérêt à cette affaire est encore trop du monde, et même dans la vanité et les amusements, pour préférer les aumônes que vous vouliez faire à ses amitiés particulières. Cela ne se pourrait sans miracle, je dis un miracle de nature et d’affection, car il n’y a pas lieu d’attendre un miracle de grâce en une personne comme lui.

Cependant Pascal, étant venu voir Jacqueline, et ayant compris sa douleur, résolut de la contenter, et de signer lui-même une donation à Port-Royal. Les Mères ne se rendirent pas sans difficulté. C’est par l’esprit de Dieu qu’il devait donner : sinon, elles préféraient qu’il ne donnât rien.


Nous avons appris, Monsieur, de feu M. de Saint-Cyran, déclara la Mère Angélique, à ne rien recevoir pour la maison de Dieu, qui ne vienne de Dieu. Tout ce qui est fait par un autre motif que la charité, n’est point un fruit de l’esprit de Dieu, et par conséquent nous ne devons point le recevoir.


Pascal alors, décidé à se conduire en galant homme, protesta qu’il donnait dans l’esprit que l’on