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mathématiques. En physique, le problème est de trouver les lois de la nature, c’est-à-dire les rapports constants des phénomènes. Or l’autorité nous est inutile pour connaître des faits qui se passent sous nos yeux, et elle ne saurait prouver que ces faits s’expliquent par telle ou telle cause naturelle. La méthode mathématique n’y convient pas davantage, car les définitions que nous pourrions former en pareille matière, pour en dériver nos raisonnements, ne seraient que des fictions de notre esprit, auxquelles la nature n’est nullement tenue de se conformer. L’expérience et le raisonnement, celle-là comme point de départ et vérification de celui-ci, telle est l’unique méthode.

De cette différence de méthode résulte, entre la théologie et la physique, une différence capitale de caractère. La théologie est immuable : la physique est soumise à un continuel progrès. Il faut confondre l’insolence de ces faux sages, qui réclament pour Aristote le respect inviolable qui n’est dû qu’à Dieu. Le progrès que comportent les sciences physiques est une suite de leur double principe. D’une part les expériences multiplient continuellement, chacune d’elles apportant une connaissance nouvelle, soit positive, soit négative. D’autre part, il n’en est pas de la raison humaine comme de l’instinct des animaux. Ceux-ci n’ont d’autre destinée que de se maintenir dans un état de perfection bornée : un instinct toujours égal leur suffit. Mais l’homme n’est produit que pour l’infinité : son intelligence va donc se perfectionnant sans cesse. Il débute par l’ignorance. L’expérience qu’il acquiert le pousse à raisonner, et