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d’aimer et de se donner à ce qui est grand.

La doctrine du bien par le bien est trop conforme aux aspirations de l’âme humaine pour rencontrer quelque opposition, sinon dans les esprits, du moins dans les consciences. Mais il est un point de la doctrine et de la vie de Pascal qui provoque parfois l’étonnement ou le blâme, c’est son culte de l’ascétisme. Ce culte n’est pas séparable de sa personne et de ses croyances : il en est une pièce. La mortification est, aux yeux de Pascal, notre part dans la lutte contre notre nature corrompue. C’est l’action, proprement humaine, qui doit nécessairement accompagner et exprimer l’action divine dans l’œuvre de notre salut.

Rejeter de tout point l’ascétisme, ce serait prétendre que toutes les parties de notre nature ont un droit égal à l’existence et au développement. C’est ce qu’aucune morale n’a jamais admis. Socrate faisait de la tempérance la condition première de la science et de la vertu. Or, plus la fin que l’homme se propose est élevée, plus grande est la résistance de sa paresse naturelle, plus il est obligé de se combattre et de se vaincre.

Est-il certain, toutefois, que nous devions travailler, non seulement à modérer, mais à anéantir les instincts inférieurs de notre nature ? Certes, pour qui cherche la sainteté, c’est le parti le plus sûr. Mais il est des dangers que le devoir même nous ordonne d’affronter. Et n’est-ce pas notre devoir, loin de nous enfuir hors de la nature, de la plier à l’accomplissement du bien ? La nature d’ailleurs, est-elle foncièrement rebelle ? Pascal l’a dit :