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rêvait Voltaire eût été infiniment inférieur à Pascal chrétien. Pascal, tel qu’il a été, nous offre une preuve vivante et souveraine de l’excellence du christianisme.

Et pourtant le même Chateaubriand, dès l’époque où il s’exprime ainsi, insinue que la raison de Pascal, portée aux négations extrêmes, fut enchaînée par sa foi et réduite au silence. Et plus tard, il se prononcera expressément pour la conception d’un Pascal sceptique, qui s’est fait chrétien en enrageant, et qui est mort à la peine. Ce Pascal est proprement celui des romantiques. Il personnifie d’une manière admirablement tragique la lutte de l’intelligence et du cœur. Je l’aime ainsi, dit Chateaubriand, je l’aime, tombant à genoux, se cachant les yeux à deux mains et criant : « Je crois », presque au même moment où il lâche d’autres paroles qui feraient craindre le contraire.

Dès 1823, Villemain, dans ses Discours et Mélanges, disait que cette puissante intelligence avait reculé vers les pratiques superstitieuses, pour fuir de plus loin une effrayante incertitude. Sept ans plus tard, en 1830, Victor Cousin entrevoit le scepticisme de Pascal et quand, ensuite, il étudie le manuscrit des Pensées, il l’y trouve. Dès lors, il révèle à ses contemporains, en 1842, un Pascal tourmenté par le doute autant que par la maladie, et pour qui la foi fut une incrédulité mal soumise. Ce Pascal est très vivant parmi nous, comme en témoignent les beaux vers de Mme Ackermann ; ou de Sully Prudhomme :

La foi n’est, dans Pascal, qu’une agonie étrange ;