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l’heure vint où un distingué médecin philosophe, Lélut, démontra savamment cette thèse, dans un travail intitulé : L’amulette de Pascal, pour servir à l’histoire des hallucinations, 1846.

Cependant, dès le milieu du xviiie siècle, Rousseau opposait le sentiment au raisonnement, et construisait une histoire de la société qui n’était autre qu’une traduction philosophique de l’histoire religieuse de l’âme, passant successivement par les états de nature intacte, de nature corrompue et de nature réparée. Ceux que séduisaient les idées de Rousseau lurent Pascal d’un autre œil que Voltaire. Ils virent en lui un mystique, démontrant à l’homme qu’il serait voué au pyrrhonisme, s’il n’avait que sa raison, mais lui révélant, dans les élans secrets de son cœur, le principe d’une foi et d’une certitude inébranlables. C’est ainsi que Jacobi, qui devait être l’un des plus parfaits représentants de la philosophie du sentiment, se nourrit particulièrement de la lecture de Pascal, en même temps que de celle de Rousseau, et prit pour devise la célèbre maxime : « Le cœur a ses raisons, que la raison ne connaît point. » Comme Jacobi, la plupart de ceux qui ont cherché dans les inspirations immédiates du sentiment un refuge contre les incertitudes de la raison ont été des disciples ou des admirateurs de Pascal.

Avec Chateaubriand, Pascal redevient, comme au xviie siècle, le grand penseur qui a été en même temps un grand croyant ; et c’est à la foi elle-même que, selon l’auteur du Génie du Christianisme, il doit son génie littéraire. Le Pascal sophiste que