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à la fois souple et rigoureusement logique ; une construction très libre, qui admet la belle ampleur régulière de la période latine, mais qui ramasse, brise, prolonge ou allège la phrase avec une aisance et un art tout français. Cette forme si fraîche dans sa perfection aura beau être considérée comme un modèle par nos écrivains du xviie siècle : aucun d’eux, non pas même les plus grands, ne réunira toutes les qualités qu’avec tant de naturel a combinées Pascal. Sauf chez La Fontaine, l’ordre de la raison laissera au second plan l’ordre du cœur ou de l’imagination. Et parmi les formes diverses qu’a présentées la langue française après le xviie siècle, depuis Voltaire et Rousseau jusqu’à Chateaubriand et Victor Hugo, il n’en est guère dont on ne trouve des germes dans le style de Pascal.

Comme la langue, ainsi la personne et les idées de Pascal ont eu, après lui, une vie et des destinées.

Pascal offrait un exemple éclatant de la possibilité de réunir et concilier la plus haute raison avec la foi la plus docile et la plus humble. Il fut de ceux qui contribuèrent le plus à mettre en honneur cette harmonie de la science et de la foi, qui fut l’un des traits du xviie siècle.

Il eut sur son temps une influence plus particulière. Aux dangers que faisaient courir à l’Église chrétienne de redoutables ennemis du dedans, il avait opposé, avec ses amis de Port-Royal, mais d’une manière plus vivante et plus laïque, la restitution de la religion dans sa pureté et sa sévérité primitives. Or les Provinciales, où il plaida pour la morale de l’amour de Dieu, n’eurent pas seulement un succès