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pénétreront le cœur et le gagneront, qui lui inspireront la confiance, qui l’ouvriront à la foi, à l’amour et à la joie. Et d’un bout à l’autre du discours se déroulera la chaîne d’un raisonnement inflexible, moyen humain de s’élever de la nature à Dieu, transition entre la fausse science et la foi.

Il y a en Pascal un savant, un chrétien, un homme. Chacun des trois est un tout, l’un est l’autre, et les trois ne font qu’un. Ce qu’il rejette, c’est la philosophie, ce monstrueux accouplement d’un objet surnaturel avec des puissances de connaître dont la portée ne s’étend qu’à la nature. Et l’on ne peut faire de lui un philosophe qu’en transformant, contrairement à sa croyance, ses doctrines religieuses en symboles de doctrines rationnelles. Pascal plaça dans le christianisme, en toute sincérité, le centre de sa pensée et de sa vie. Il l’entendit en ce sens que, vivant en Jésus-Christ, l’homme n’a plus une pensée qui ne tende à Dieu, et qui, par conséquent, ne vienne de Dieu.

Pascal n’a vécu que trente-neuf ans. Il n’a écrit qu’un ouvrage, les Petites Lettres, et des fragments, dont la plupart ne sont que des ébauches. Néanmoins il a laissé une trace si profonde, que la plupart des grands penseurs, du moins dans les pays de langue française, se sont, ou nourris de sa pensée, ou révoltés contre lui.

Comme écrivain il a réalisé l’une des formes les plus exquises de la prose française : une langue encore riche de vieux mots énergiques et familiers, de termes concrets, d’images hardies, et en même temps sobre, simple, précise et claire ; une syntaxe