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l’homme. Or, tandis qu’il se complaît dans l’estime de la nature humaine, cette nature lui apparaît comme déchirée par une contrariété interne : il y a en elle une disproportion invincible entre la puissance et la destinée. Il se trouble, et il souffre ; et bientôt la foi au Dieu d’amour, comme objet unique de l’âme, se réveille en lui : il y trouve le remède, non seulement théorique, mais pratique et efficace, au mal dont il souffre. Par elle il recouvre la paix et la joie. Cette fois, la conversion est définitive, parce qu’elle ne consiste plus dans une simple adhésion de l’intelligence, mais dans un véritable renouvellement du cœur et de la volonté. Dès lors, Pascal prend la résolution de consacrer à Dieu toutes ses facultés. Il combattra ce mélange de l’esprit chrétien avec l’esprit du siècle, ce partage de l’âme entre soi et Dieu, qui est la gageure impossible à tenir. Il travaillera à son perfectionnement et à la conversion des autres hommes, et il n’estimera les sciences elles-mêmes que dans la mesure où elles pourront servir à la religion.

La forme dont il revêt ses idées dans les ouvrages qu’il est amené à écrire suit de l’objet qu’il a en vue. Son effort ne tend qu’à manifester l’œuvre intime de la grâce, qui arrache l’homme naturel à son orgueil ou à son indifférence, et l’appelle à l’amour par le don de soi. C’est ce double effet de la grâce que traduit le style de Pascal. D’une part il accumule les peintures saisissantes, les contrastes violents, les exagérations mêmes de langage, propres à ébranler l’imagination et à secouer la paresse de l’homme naturel. D’autre part il trouve les mots qui