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d’un être vers sa fin. Telle la gravitation naturelle des êtres vers Dieu, selon les philosophes païens. Mais le mouvement peut aussi être l’effet d’une contradiction intérieure, l’impossibilité de demeurer dans un état insupportable. De même, la complexité peut être, soit l’union harmonieuse d’éléments complémentaires, soit la réunion violente de principes disparates. De ces deux explications possibles, c’est, chez l’homme, la seconde qui est la vraie. L’homme est un être plein de contrariétés.

Considérez sa volonté : il veut le bonheur, et il est hors d’état de l’acquérir. Ses inclinations, condition de ses plaisirs, sont contradictoires. Il aime le repos, et il cherche l’agitation. Et tandis qu’il travaille à satisfaire une tendance, celle-ci, secrètement, se tourne en son contraire. Au fond, ce que nous voulons, ce n’est pas quelque chose de meilleur, de plus beau, de plus rare, c’est simplement autre chose. Il y a en nous une puissance décevante, dont l’occupation est de ravaler les objets qui sont une fois en notre pouvoir, pour parer de couleurs flatteuses ceux que nous ne possédons pas : c’est l’imagination. Séduits par son prestige, nous ne vivons jamais, nous attendons de vivre ; et, nous disposant toujours à être heureux, jamais nous ne pouvons l’être.

Nos facultés intellectuelles se contredisent pareillement. Au regard des sens, les choses sont finies la raison les voit infinies. Contradiction encore entre la raison, qui juge par principes, et le cœur, qui juge par sentiment. Et notre raison elle-même se contredit. Elle prétend juger, et en soi elle n’a pas de