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entendu, ne connaît qu’une chose, ne croit qu’à une chose, et cette chose est lui-même : il pense que l’homme est un tout, qu’il se suffit. Mettons-lui donc sous les yeux la peinture de son être, afin qu’il juge si vraiment il lui est possible de se contenter de soi.

Pour être sûr que le lecteur se reconnaîtra dans ce tableau, Pascal en empruntera les traits au maître des libertins, à Montaigne. Il transportera, des Essais du philosophe bel-esprit, dans son introduction au christianisme, mainte observation, mainte réflexion. Non telles exactement qu’il les trouve dans cet auteur. Il choisit, il ramasse, il change quelques mots ; et les mêmes pensées prennent un autre visage. Aimables ou agréablement railleuses chez Montaigne, elles deviennent, sous la plume de Pascal, amères, troublantes, déconcertantes. Ce n’est plus dans Montaigne, c’est en lui-même que Pascal voit ce qu’il y voit.

Comme dans ses travaux physiques, il part des faits. Ensuite il cherchera les causes. Le point capital, c’est d’observer l’homme dans sa forme concrète et véritable, dans la complication effective de sa nature. Qu’est-ce que l’homme, pour qui veut ainsi le voir, non sous une forme idéale, mais tel qu’il est ? L’homme est un être essentiellement changeant et complexe changeant, car sa manière d’être naturelle est la passion, dont le propre est l’instabilité ; complexe, car il est fait de parties à la fois hétérogènes et inséparables, irréductibles aux principes grossiers de la géométrie.

Quelles sont les raisons de ces effets ? Le mouvement peut, à la vérité, se concevoir comme la marche