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le mot à la fois commun, juste et fort. Il faut préférer les mots concrets aux mots abstraits ; il faut exprimer les choses dans leur rapport à l’imagination, à la volonté, au cœur. Enfin l’ordre des mots est une condition de leur pouvoir. Au jeu de paume, c’est une même balle dont on joue l’un et l’autre, mais l’un la place mieux.

Cette forme de perfection, il semble que Pascal la réalise. Pascal, certes, est un écrivain. Les innombrables ratures, corrections et remaniements dont sont chargés ses manuscrits montrent assez combien il travaille son style. Ce style se distingue par sa plénitude. Il possède, non tour à tour, mais ensemble, toutes les qualités qui s’emparent de l’âme. Rigueur géométrique, passion, imagination, art et naturel, s’y fondent en une indissoluble unité.

Son mode d’exposition est un raisonnement très serré, présenté sous une forme très concrète : « Le moi est haïssable. Vous, Miton, le couvrez, vous ne l’ôtez pas pour cela ; vous êtes donc toujours haïssable. »

Pascal ramasse, à la manière des géomètres, une multitude d’idées dans une formule très brève : « Toute la loi consiste en Jésus-Christ et en Adam. »

Partout l’antithèse, mais toujours comme argument, jamais comme figure de rhétorique. Toute la sagesse, en effet, est de voir la contradiction qui est partout dans la nature, et d’en chercher l’explication humaine ; les deux raisons contraires, il faut commencer par là.

La langue de Pascal, l’un des modèles de celle du xviie siècle, a encore la verdeur du xvie. Elle