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Apologie de Raymon de Sebonde, où, sous prétexte de justifier l’emploi des raisons humaines dans la lutte contre les athées, Montaigne démontrait avec surabondance que notre raison déraisonne, dès que, quittant le domaine des choses sensibles, elle aborde les questions religieuses et philosophiques, et que la pure nature nous est, pour diriger notre conduite, un meilleur guide que ce soi-disant privilège de notre espèce. Comment pouvait-on amener à la religion des hommes qui étaient dans de tels principes ?

Leur faire voir directement la vérité de la religion, aussi certaine que celle des mathématiques ? On n’y pouvait songer. De deux puissances qui sont en nous, et qu’il eût fallu convaincre, la raison et la nature, la première, selon eux, en ces question, se niait elle-même, la seconde se suffisait. Sans doute, il restait concevable que la foi se superposât à la nature, comme, à une ligne donnée, une parallèle. Mais, destituée de toute attache à la nature, elle n’était plus qu’une opinion particulière.

Il fallait donc suivre la voie inverse ; et, partant de l’étude de la nature humaine, où prétendent s’enfermer les libertins, leur montrer que cette nature n’est pas telle qu’ils la supposent ; qu’un état de pure nature, sans aucun élément surnaturel, est, chez l’homme, une chose impossible ; que l’homme ne trouve la satisfaction de ses tendances et ne se réalise qu’en Jésus-Christ. Pareillement, il fallait redresser l’idée que les sceptiques se faisaient de la raison, de telle sorte que la foi, au lieu de se surarouter à notre intelligence comme quelque chose d’hétérogène, en devînt le complément indispensable