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étonne la volonté. Il suit pas à pas les mouvements intérieurs de la jeune fille, comme un directeur de conscience très expérimenté et très attentif. Il fait plus : il se met lui-même dans ses lettres, il réveille les souffrances et les émotions de sa propre conversion, il communique à sa correspondante ses angoisses au sujet des affaires présentes et des destinées de l’Église, il établit une communion entre l’âme timide et faible de la jeune fille et sa propre âme, si pleine de Dieu, si ardente, si puissante, si impérieuse.

Les lettres de Pascal sont une source de force pour Mlle de Roannez. Elle les désire. Elle se plaint, lorsque Pascal écrit à son frère sans y joindre des paroles pour elle. Pascal l’encourage. Je suis bien content de vous, lui écrit-il. J’admire que votre zèle se soutienne, car il est bien plus rare de continuer dans la piété que d’y entrer.

Cependant Mlle de Roannez s’aperçoit que de nouveau une tristesse et une amertume lui pénètrent l’âme. De quelle nature est cette souffrance ? Vient-elle de Dieu ou vient-elle de l’homme ? Est-ce la tristesse qui tue, ou celle qui ressuscite ?

Comme elle était dans cet état d’esprit, elle revint à Paris. Alors elle revit Pascal, et sa résolution fut désormais inébranlable. Elle en parla à sa mère, qui chercha à la retenir. Elle se sauva à Port-Royal.

Tant que Pascal vécut, elle brava les efforts que l’on fit pour la rendre au monde. En vain les jésuites réussirent-ils à l’arracher de l’abbaye. Elle vécut en religieuse chez sa mère. Pascal mort, elle se révolta contre la direction grondeuse d’Arnauld, se fit relever de ses vœux, et épousa à trente-quatre ans