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côté de saint Augustin ; et ils trouvaient dans ce père lui-même l’affirmation du rapport qui unit la morale de l’amour de Dieu à la doctrine de la grâce. « L’amour de Dieu, disait saint Augustin, se répand dans nos cœurs, non par le libre arbitre qui vient de nous, mais par le Saint-Esprit, qui nous est donné. »

Tel était le débat auquel, inopinément, Pascal se trouva mêlé. Il ne pouvait manquer d’embrasser la cause d’Arnauld et de Port-Royal avec enthousiasme. Son éducation, sa foi, sa conversion, dont le principe avait été tout intérieur, faisaient de lui, d’avance, le partisan des jansénistes contre les jésuites. Lui-même venait d’écrire, tout récemment, sur la Comparaison des chrétiens des premiers temps avec ceux d’aujourd’hui, quelques pages où il déplorait l’invasion de l’esprit du monde dans l’Église même, et le mélange qu’on y pratiquait des vices du siècle avec la religion. Mais la préparation à une telle controverse lui faisait défaut. Il n’avait nullement étudié la théologie. Il avait cherché dans l’Écriture la vie et non des textes. Et la compétence en une matière aussi pleine d’embûches ne s’improvise pas. Eût-il eu le temps d’étudier, il n’est pas vraisemblable qu’il fût devenu un fort théologien. Il voulait comprendre ; et, pour lui, comprendre, c’était ramener les mots à des faits, à l’expérience soit extérieure soit intérieure. Il n’aurait pu, à lui seul, lutter contre les plus habiles des adversaires. Mais ses amis étaient là pour lui fournir des textes et lui expliquer les savantes définitions et distinctions des docteurs. Il travailla sur les notes que ceux-ci lui fournissaient, non sans vérifier les citations, y compris le contexte.