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dans son essence même, des dons surnaturels. Il suit de là que la faute a corrompu l’âme humaine jusque dans son fond. L’homme a voulu se séparer de Dieu, et il s’en est séparé en effet. À la charité s’est substitué dans son cœur l’amour de soi, la concupiscence, qui contient tous les vices, comme l’amour de Dieu contient toutes les vertus.

Dès lors, la rémission des péchés ne suffit pas à produire l’affranchissement, comme le croit l’École, attachée à la philosophie d’Aristote. Le péché n’est pas une tache, qu’on lave ; c’est une corruption de l’âme. Pour que l’homme soit délivré, il faut qu’à la délectation de la chair, dont il est esclave, Dieu substitue, comme une délectation victorieuse, l’action de la grâce, par laquelle il le touche et lui fait aimer le bien que son cœur repoussait.

En coordonnant dans ce sens la doctrine de saint Augustin, Jansénius heurtait trop violemment l’enseignement des jésuites pour que ceux-ci demeurassent inactifs. Ils ne s’appliquèrent pas à démontrer que Jansénius avait mal reproduit la doctrine d’Augustin. L’africain échauffé, le docteur bouillant, comme l’appelait l’un d’eux, leur inspirait de la défiance. Mais ils cherchèrent dans l’Augustinus des propositions qu’ils pussent signaler comme hérétiques. Leurs efforts pour faire frapper leurs adversaires n’aboutirent qu’au bout de plusieurs années, et en partie grâce à l’appui que leur donnait la reine régente, dominée par le P. Annat, jésuite, confesseur du roi. L’ouvrage, posthume, avait paru en 1640. En 1653 fut publiée la bulle condamnant les cinq propositions extraites de l’Augustinus par Nicolas