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Comment la logique accueillerait-elle une pareille doctrine, où semblaient rapprochées les contradictoires ? Beaucoup estimèrent que la logique, malgré sa répugnance, n’avait qu’à s’incliner, par cette raison que deux vérités également certaines ne peuvent être réellement incompatibles. Mais d’autres cherchèrent à supprimer l’un des deux termes.

C’est ainsi que Baïus, revenant aux doctrines les plus rigoureuses de saint Augustin, professe l’impuissance radicale de l’humanité déchue. Le péché originel consiste dans la concupiscence, dont le baptême n’enlève que le démérite, non la malignité. De cette concupiscence les mouvements, même involontaires, sont des péchés.

Au contraire, le jésuite Molina, suivant la direction scotiste, s’efforce de soustraire le libre arbitre à la tyrannie de la grâce. D’après lui, la grâce efficace ne diffère pas essentiellement de la grâce prévenante ou suffisante. Elle est efficace, non par elle-même et par sa nature propre, mais par le libre consentement qu’y ajoute la volonté humaine. Il dépend de nous que la grâce devienne efficace ou reste simplement suffisante. Le libre arbitre coopère ainsi expressément avec la grâce. Dieu propose, l’homme dispose, comme jadis chez les stoïciens.

Dans cette doctrine, qui se répandit très vite, Jansénius vit une menace de mort pour le catholicisme. C’était, selon lui, une résurrection déguisée de l’antique pélagianisme ; et le pélagianisme, par l’intermédiaire d’Origène, descendait en droite ligne de la philosophie païenne. Sénèque avait dit : Aux dieux immortels nous devons de vivre, à la philoso-