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sonne exposer ses raisons. De son côté, le gouvernement donna ordre au chancelier Séguier d’assister aux assemblées, afin de peser sur la décision des juges. Le 14 janvier 1656, Arnauld était condamné sur la question de fait par cent vingt-quatre voix contre soixante-onze, quinze étant restées neutres. Il n’y eut jamais, dit Racine, jugement moins juridique.

Restait la question de droit. Les thomistes étaient disposés à renvoyer Arnauld absous, s’il reconnaissait, dans l’âme du juste, la présence d’une grâce suffisante, distincte de l’efficace. Mais les molinistes persistaient à vouloir étouffer les débats. Ils imaginèrent de mettre sur la table une clepsydre, afin de limiter à une demi-heure le temps accordé à chaque docteur pour développer son opinion. Domine mi, disait le syndic, impono tibi silentium. Et tous de : Concludatur.

Cependant à Port-Royal on désespérait de l’acquittement d’Arnauld en Sorbonne, et l’on songeait à porter l’affaire devant un autre tribunal, créé depuis peu par les théologiens et par les philosophes, le public. « Vous ne pouvez, disait-on à Arnauld, vous laisser condamner comme un enfant, sans apprendre au public de quoi il est question. Le savant docteur, qui déjà, en plusieurs de ses ouvrages, s’était adressé aux gens du monde, composa un écrit dans ce sens. Mais ces messieurs n’y donnèrent aucun applaudissement. Alors, se tournant vers Pascal : « Vous qui êtes jeune, lui dit-il, vous devriez faire quelque chose. » Pascal ne se croyait capable que d’ébaucher on projet. Il se mit néanmoins à l’œuvre